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Jean Léon Gérôme
Jean Léon Gérôme
Jean Léon Gérôme
(1824-1904)
Peintre Français, Elève de Paul Delaroche, puis de Gleyre, Gérome, né à Vesoul en 1824, n'a pas vingt-cinq ans qu'il est déjà célèbre

Jean Léon Gérôme,

Jean-L éon Gérôme : Le Combat de Coqs triomphe au Salon de 1847. En 1855, à trente et un ans, il est décoré de la légion d'honneur pour Le Siècle d'Auguste reçu à l'Exposition universelle de 1855 ! Grand voyageur, il glane à Rome, en égypte ou ailleurs les détails pittoresques qui pimenteront ses oeuvres d'anecdotes exotiques. Son oeuvre, où alternent sujets néo-grecs, scènes orientalistes et épisodes historiques, lui doit de nombreuses commandes officielles mais plaît aussi au public bourgeois et petit-bourgeois : en épousant la fille de Goupil, éditeur d'art, le peintre a assuré la diffusion industrielle de ses toiles dès 1862.

Professeur de l'école des Beaux-Arts dès 1863, membre de l'Institut depuis 1865, Gérôme est membre du jury qui refuse systématiquement la nouveauté au Salon ; il sera l'un des plus farouches ennemis des impressionnistes, qu'il considère comme des fous dignes de "la maison du Docteur Blanche". Prétendant qu'ils "font de la peinture comme ils feraient sous eux", il tentera par tous les moyens de leur interdire les portes du musée : en 1884, il s'oppose en vain à la rétrospective Manet qui se tient, ô scandale, dans l'enceinte de l'Ecole des Beaux-Arts ; en 1894 encore, il dirige le complot des gardiens du temple contre le legs Caillebotte ! Scandalisé de la présence des impressionnistes à l'Exposition Universelle de 1900, il empêchera même Loubet de pénétrer dans la salle : "Nous vous arrêtez pas, Monsieur le Président, c'est ici le déshonneur de l'art français". Son réalisme photographique et grandiloquent, aux antipodes de la manière de Monet, Sisley ou Pissarro, en font le champion de l'académisme.

Gérome expose deux toiles au Salon de 1866 : une toile néogrecque, Cléopâtre et César , et une toile orientaliste, Porte de la mosquée El-Assaneyn au Caire, où furent exposées les têtes des beys immolés par Salek-Kachef. D'emblée Zola entame le combat. Il oppose la "Cléopâtre en plâtre" (Mon Salon) de Gérome aux nus de Manet "qui ont le tort d'avoir des muscles et des os, comme tout le monde". Il récidive à l'occasion du Salon de 1867 dans La Situation où il esquisse une analyse économique du marché de l'art et une sociologie du goût très modernes. Mais Zola ne s'adresse pas seulement au public anonyme du journal : le long paragraphe qu'il consacre à Phryné devant l'Aéropage, un nu pudiquement indécent copié par le jeune Cézanne, est peut-être aussi destiné à dessilé les yeux de son ami. Comme le montre Henri Mitterand dans Sous le regard d'Olympia, Zola a, en effet, joué une rôle fondamental dans l'évolution esthétique de Cézanne. C'est en grande partie à lui que le jeune peintre, séduit par les poses déhanchées de la Phryné ou de la belle alanguie d' Intérieur Grec* , doit l'éducation de son regard.

Les œuvres de M. Gérome tiennent un juste milieu entre les toiles propres et fines de M. Meissonier et les toiles voluptueusement classiques de M. Cabanel. élève de Paul Delaroche, l'artiste a appris chez ce peintre à ne pas peindre et colorier des images péniblement cherchées et inventées.

évidemment, M. Gérome travaille pour la maison Goupil, il fait un tableau pour que ce tableau soit reproduit par la photographie et la gravure et se vende à des milliers d'exemplaires.

Ici, le sujet est tout, la peinture n'est rien : la reproduction vaut mieux que l'œuvre. Tout le secret du métier consiste à trouver une idée triste ou gaie, chatouillant la chair ou le coeur, et à traiter ensuite cette idée d'une façon banale et jolie qui contente tout le monde.

Il n'y a pas de salon de province où ne soit pendue une gravure représentant Le Duel au sortir d'un bal masqué ou Louis XIV et Molière, dans les ménages de garçons ont rencontre l'Almée et Phryné devant le tribunal ; ce sont là des sujets piquants qu'on peut se permettre entre hommes. Les gens plus graves ont Les Gladiateurs* ou La Mort de César*.

M. Gérome travaille pour tous les goûts. Il y a en lui une pointe de gaillardise qui réveille un peu ses toiles ternes et mornes. En outre, pour dissimuler le vide complet de son imagination, il s'est jeté dans l'antiquaille. Il dessine comme pas un les intérieurs classiques. Cela le pose en homme savant et sérieux. Comprenant peut-être qu'il ne pourra jamais prendre le titre de peintre, il tâche de mériter celui d'archéologue.

La peinture, ainsi envisagée, devient une sorte d'ébénisterie. Je m'imagine M. Gérome voulant faire un tableau, sa Phryné devant le tribunal, par exemple. Il commence par reconstruire la salle ou l'hétaïre fut jugée ; ce n'est pas là un mince travail ; il lui faut consulter les anciens et prendre l'avis d'un architecte. Une fois la salle bâtie, il faut disposer le sujet. C'est ici qu'il est nécessaire d'empoigner le public. D'abord, l'artiste choisira le coup de théâtre historique, l'instant où l'avocat, pour défendre Phryné, se contente de lui arracher son vêtement. Ce corps de femme, posé gentiment, fera bien au milieu du tableau. Mais cela ne suffit pas, il faut aggraver en quelque sorte cette nudité en donnant à l'hétaïre un mouvement de pudeur, un geste de petite maîtresse moderne surprise en changeant de chemise.

Cela ne suffit pas encore ; le succès sera complet, si le dessinateur parvient à mettre sur les visages des juges des expressions variées d'admiration, d'étonnement, de concupiscence ; ces rangées de vieilles faces allumées par le désirs seront la pointe suprême du ragoût, les épices qui chatouilleront les palais les plus blasés. Dès lors l'œuvre est assaisonnée à point ; elle se vendra cinquante ou soixante mille francs, et les reproductions qu'on en fera inonderont Paris et la province, et serviront des rentes à l'auteur et à l'éditeur.

Lorsque M. Gérome a donné le dernier coup de pinceau sur une toile, il se dit sans doute : "J'ai fait un tableau."


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